UNE VIE DE LARME

Publié le 20/11/2025 à 09:42 par lepetitmondedeloris Tags : sur vie moi monde
UNE VIE DE LARME

Je glisse.

Je viens de naître. À peine une vibration. Une brûlure douce dans ton œil. Je m’arrondis. Je deviens moi. Une larme. Ta larme.

Je me laisse tomber. Je n’ai pas le choix. Je suis le sel et l’eau. Je roule. Je caresse ta joue. Ta peau brille sous ma lumière. Je trace un sillon pâle, presque nacré. J’existe.

Je voudrais dire que je suis forte. Que je suis fière de naître de toi. Pourtant je ne suis qu’une goutte fragile. Je vis quelques secondes. Mais je les vis pour toi.

J’atteins ton cou. J’y meurs un peu. J’y perds ma forme. J’y prends ton parfum. Il se mêle à moi. Il me colore. Je deviens une nuance de toi. Une nuance tendre. Une nuance triste aussi.

Moi qui rêvais d’océan, de vents salés, d’algues longues et de grandes houles, me voilà coincée dans une minuscule prison, au creux de ton épaule. Une forteresse chaude, douce, immobile d’où je ne peux m’échapper.

Je me sens ridicule parfois. Petite perle liquide. Bleue. Blanche. Transparente. Je brille, mais pour qui ? Tu ne me vois pas vraiment. Tu ne penses pas à moi. Tu penses qu’à la douleur qui m’a fait naître.

Je t’écoute. Je te sens. Le monde tremble dans ta respiration. Tout va trop vite. Puis trop lentement. La vie pèse. C’est pour cela que je suis née. Je suis ton trop-plein. Je suis ta preuve.

Soudain, je frémis. Un souffle. Une ombre blanche se penche sur moi.

Le mouchoir arrive.

Je n’ai pas le temps de protester. Je n’ai pas le temps de prier. Le tissu m’absorbe. Je disparais. Je me fonds dans la soie claire. C’est fini pour moi.

Je n’existe plus.

Enfin… pas tout à fait. Car nous sommes nombreuses. Je le sais. Je les sens, derrière moi. Tous ces frissons d’eau qui attendent. Toutes ces sœurs qui se préparent dans l’ombre chaude de tes yeux.

Nous reviendrons.

Mais pas pour te briser. Pas pour t’engloutir. Juste pour t’alléger.

Un jour peut-être, nos sanglots réunis deviendront une vague immense. Une vague douce. Une vague humaine. Et elle emportera la peine.

Je ne verrai pas ce jour. Mais une autre larme le verra.

Et ce sera assez.