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Date de création : 08.02.2015
Dernière mise à jour : 27.12.2025
570 articles


UNE VIE DE CINTRE

Publié le 27/12/2025 à 11:41 par lepetitmondedeloris Tags : centerblog sur vie moi place monde voyage
UNE VIE DE CINTRE
 
J'ai commencé ma carrière dans une armoire en merisier. Il y régnait l’ombre tiède du bois ciré et le silence feutré des choses immobiles. On m’y suspendit sans ménagement et pourtant, je compris aussitôt que ma fonction serait essentielle. Une guêpière de satin rouge et mordoré reposa sur mes épaules de bois ; elle étincelait faiblement dans la pénombre et je portai dès lors le poids discret d’une intimité qui ne m’appartenait pas.
Puis, je partis ensuite en voyage. On me glissa dans une malle de cuir vieilli, aux coins marqués par les routes et les quais. Le trajet fut long. J’entendais le bruit d'un roulis sourd, des pas pressés, des voix étrangères. Je traversai des pays sans les voir, plié dans l’obscurité, fidèle à ma forme. Lorsque la malle s’ouvrit enfin, l’air avait changé : j’atterris en Italie, où la lumière se faisait plus franche et où des mains semblaient toucher les étoffes avec une attention nouvelle.
Je connus alors de nombreuses parures. De jolies tenues, d’abord, légères comme des promesses, puis des pardessus graves, des habits lourds, des manteaux de fourrure dont la douceur dissimulait parfois la vanité. Je soutins des jaquettes impeccables, des queues-de-pie solennelles. J’assistai aux mariages, aux réceptions, aux soirées où l’on se tenait droit parce que le regard du monde pesait. Toujours silencieux, toujours immobile, je demeurai à ma place.
Je vécus dans des placards illustres. Dans des demeures où les balustres luisaient sous les lustres, où les tissus frôlaient les rambardes comme des confidences trop bien vêtues. Accroché là, j’observai tout : les mains tremblantes avant un premier rendez-vous, les épaules accablées par le retour tardif, les vêtements jetés avec colère puis repris avec regret. Si l’on savait ce que je vis… Les habits parlaient pour qui savait entendre leur poids.
Je portai sur mes deux épaules le fardeau de tous les vêtements. Grâce à moi, les cols demeurèrent droits et les chemises conservèrent leur tenue. Je gardai la mémoire des silhouettes. Sans mon soutien, les étoffes se seraient affaissées et les formes se seraient perdues. Je maintins debout ce que l’on oubliait de regarder.
Mais un jour, ma vie s’acheva. On me saisit sans égard, comme on se débarrasse d’un objet devenu inutile, et l’on me porta jusqu’à l’âtre d’une cheminée que l’on venait d’ouvrir. Des braises y luisaient faiblement et l’air sentait la cendre froide. Un instant, je demeurai suspendu au-dessus du foyer, entre ce que j’avais été et ce que j’allais devenir. Puis l’on me jeta dans le feu.
Les flammes ne s’emparèrent pas de moi immédiatement. Elles tournèrent d’abord autour de mon bois, hésitantes, comme si elles reconnaissaient ce qu’il avait soutenu. La chaleur gagna lentement mes épaules, celles-là mêmes qui avaient porté tant de formes, tant de vies empruntées. Mon bois craqua doucement ; chaque fibre se tendit, puis céda, dans un murmure presque respectueux.
À mesure que je me consumai, il me sembla revoir les vêtements que j’avais soutenus. Les cols bien tenus, les étoffes soigneusement brossées, les habits d’apparat et les tenues modestes, tous se succédèrent dans la lueur vacillante. Ils passaient devant moi comme une procession silencieuse, rendus à leur mémoire.
La flamme monta, plus franche. Mon vernis se noircit et mes contours se déformèrent. Je demeurai droit aussi longtemps que je le pus, fidèle à ma fonction jusqu’au terme. Lorsque je cédai enfin, ce fut sans bruit, dans une chute brève, presque pudique.
Avant de disparaître tout à fait, je songeai une dernière fois aux costumes.
Aux costumes aimés, aux silhouettes disparues, aux gestes qui m’avaient confié leurs formes sans jamais me regarder. J’avais porté sans posséder, soutenu sans paraître, servi sans être vu. Et tandis que mon bois devenait braise, puis cendre, je les saluai en silence, avec la dignité tranquille de celui qui a rempli sa tâche.
Le feu se calma. Il ne resta bientôt plus de moi qu’une poussière claire, mêlée aux autres cendres. Ainsi s’acheva ma carrière, sans éclat, mais entière.

LA DIAGONALE DU GIVRE

Publié le 26/12/2025 à 12:46 par lepetitmondedeloris Tags : sur vie moi place amour monde voyage homme nuit bleu sourire pouvoir
LA DIAGONALE DU GIVRE
Dans le massif des Alpes, là où les sommets semblent déchirer les nuages, se cache la station de Val-Serein. C’est un village de bois et de pierre qui semble s'accrocher au temps pour ne pas oublier le passé. Au cœur de ce décor grandiose vivait Roland. C’était un homme aux gestes lents, un nivologue dont l’esprit habitait ailleurs. Il passait ses journées à genoux dans la poudreuse, armé de loupes et d'appareils de mesure, non pas pour prévoir les avalanches, mais pour capturer l'architecture secrète des flocons. Pour les saisonniers, il était « le poète des neiges », celui qui voyait des présages dans le givre et des constellations dans une poignée de glace.
Andréa, elle, était l'âme de la remontée mécanique de l’Aiguille d’Ambre. Maîtresse des câbles depuis cinq hivers, elle gérait le ballet des sièges avec une précision de métronome. Sous sa veste rouge et bleue aux couleurs de la station, elle cachait un cœur qui ne battait que pour les rares moments où Roland s'approchait d'elle. Elle aimait tout de lui : ses yeux couleur de ciel d’orage, ses mains gercées par le froid et cette manière absente qu’il avait de lui sourire en montant sur un siège. Elle veillait sur lui en silence, s’assurant que sa place soit toujours déneigée, lui offrant un regard brûlant que le jeune homme, trop occupé par ses rêves, ne semblait jamais intercepter.
Un soir de février, alors que le soleil venait de sombrer derrière les crêtes, Roland vint la trouver. L’air était d'une pureté cristalline et le froid commençait déjà à faire craquer les charpentes.
- Andréa, j’ai besoin de toi, » commença-t-il, la voix fébrile. Cette nuit, à deux heures précises, la Grande Ourse s'alignera parfaitement avec la faille du glacier. C'est un événement qui n'arrive qu'une fois par siècle. Je dois être là-haut. S'il te plaît, ouvre-moi la ligne.
Andréa connaissait les risques : les patrouilles de nuit, le règlement intérieur, mais surtout ce froid noir de haute altitude qui ne pardonne aucune erreur. Pourtant, en croisant son regard implorant, elle sentit qu’elle ne pourrait jamais lui dire non. Son amour pour lui était sa seule boussole.
À une heure quarante-cinq, dans une obscurité totale, elle déverrouilla la porte de métal givré de la salle des machines. Grace à la télécommande qu’elle gardait toujours dans sa poche, elle actionna les leviers dans un fracas de pignons et de chaînes. Le moteur électrique s'ébroua, prolongeant un bourdonnement sourd qui semblait faire vibrer la montagne entière. Ils s'installèrent sur un siège, rabattirent le garde-corps glacé et s'enveloppèrent dans une épaisse couverture de laine qui sentait le feu de bois.
Le voyage commença. Ils s'élevèrent au-dessus des sapins noirs qui ressemblaient à des lances pointées vers le ciel. Sous leurs pieds, le vide se creusa, immense, un gouffre d'ombre où seule la neige brillait d'un éclat bleuté sous la lune. Le silence était tel que l’on entendait le sifflement du câble sur les galets de chaque pylône. Mais à mi-chemin, à plus de deux mille mètres d’altitude, un claquement sec déchira la nuit. Un éclair bleu jaillit du pylône numéro sept. Le télésiège ralentit, hésita, puis s'immobilisa dans une secousse brutale. Le silence qui suivit fut terrifiant.
- Andréa, chuchota Roland.
- Le givre a dû faire sauter le disjoncteur thermique ou le capteur de sécurité, répondit-elle. On est bloqués, Roland.
Ils étaient seuls, suspendus à un fil d'acier au-dessus d'un abîme de glace. Les minutes s'étirèrent. Le froid commença son œuvre, s'insinuant sous les vêtements, engourdissant les doigts et les orteils. Andréa sentit son cœur se serrer ; Roland n'était plus qu'un bloc de tremblements que même sa présence ne semblait pouvoir apaiser. N'écoutant que son cœur, elle se blottit étroitement contre son torse. Elle glissa alors ses mains sous ses vêtements, faisant de son propre corps un bouclier pour lui offrir chaque parcelle de sa chaleur.cela neme gene pas
- Je suis désolé, Andréa... Tout cela est ma faute, murmura Roland, les cils déjà blancs de givre.
- Tais-toi, Roland, répondit-elle en pressant sa joue contre la sienne. On va s'en sortir. Regarde le ciel, il est à toi, maintenant.
A cet instant, alors que la Grande Ourse basculait au zénith, une lueur d’une intensité incroyable jaillit du sommet du glacier. Une silhouette colossale, faite de lumière pure et de poussière d’étoiles, descendit des cieux. Ses ailes n'étaient que de vaporeux rubans de lumière, une étoffe de brume solaire où dansaient l'or et l’indigo. L’ange se figea dans l’air, juste devant eux. De sa silhouette de lumière se dégagea une onde de chaleur inattendue, une caresse tiède qui vint effacer la morsure du froid. Sous ce souffle invisible, la glace sur leurs visages s'évanouit en eau claire et le givre qui emprisonnait le câble se mua, en un instant, en un chapelet de perles de rosée.
L'ange tendit une main vers eux et, sans qu'un mot ne soit prononcé, le temps se déchira. Roland et Andréa furent transportés dans une vision époustouflante. Ils contemplèrent le réveil des cimes, le mouvement fluide des glaciers coulant comme du verre fondu. Ils découvrirent enfin la vérité de leur propre lien : deux lumières jumelles qui, depuis l'origine du monde, n'avaient cessé de se chercher.
Une voix, douce comme une brise de printemps mais puissante comme une avalanche, résonna dans leur esprit : « Vous êtes les gardiens de ce qui s'efface. L'amour est la seule chaleur qui ne fait pas fondre la neige. » Puis, l'apparition s'évanouit dans un scintillement aveuglant. Le moteur du télésiège, comme par miracle, repartit dans un ronronnement fluide.
Lorsqu'ils atteignirent la gare d'arrivée, la neige autour d'eux scintillait encore d'un éclat doré. Roland se tourna vers Andréa. Pour la première fois de sa vie, ses yeux n'étaient plus perdus dans les nuages. Ils étaient ancrés dans le regard émeraude de celle qui l'avait sauvé.
Il comprit que la beauté qu'il traquait dans les flocons n'était qu'un reflet de celle qu'il tenait entre ses bras. Sous la voûte céleste de Val-Serein, Roland prit le visage d'Andréa dans ses mains et l'embrassa. Ce n'était plus le froid qui les entourait, mais cette chaleur éternelle promise par l'ange Au-dessus d'eux, le télésiège continuait sa ronde infinie comme un lien entre la terre et le ciel.

DEUX PETITS GARCONS A L’ARRÊT DE BUS

Publié le 03/12/2025 à 20:05 par lepetitmondedeloris Tags : sur place monde coup papier enfants fond bleu coupable
DEUX PETITS GARCONS A L’ARRÊT DE BUS
Le jour n’était pas encore levé. Décembre étirait ses nuits comme s’il voulait garder le monde endormi un peu plus longtemps. Dans le silence glacé de la campagne, deux petits garçons attendaient l’autobus scolaire au bord de la route, là où l’herbe gelée craquait comme du sucre sous les bottes. On n’entendait presque rien, si ce n’est le lointain tintement de l’angélus qui montait du clocher, fondu dans la brume, comme un appel venu d’un autre temps.
Ils n’étaient que deux, posés dans une demi-obscurité grisée. Le plus âgé, dix ans tout au plus, était assis sur un petit muret de pierres sèches. Il paraissait épuisé, les mains enfoncées dans ses poches, les épaules enfouies sous un gros anorak bleu dont la fermeture se bloquait toujours au même endroit. À chaque souffle, de petites volutes de buée s’échappaient de ses lèvres, comme s’il exhalait l’hiver lui-même.
L’autre, plus jeune, ne tenait pas en place. Il sautillait d’un pied sur l’autre, comme si bouger pouvait le protéger du froid. Dans ses poches, il triturait sans cesse ses petits trésors : un trombone tordu, une bille marbrée de bleu et de blanc et un papier froissé où il avait écrit en lettres penchées : « la maîtresse au piquet ». Cette phrase le faisait rire tout seul.
- Arrête de bouger, tu vas finir par tomber , marmonna le grand sans lever la tête.
- Et toi, t’es jaloux parce que t’es trop vieux pour rigoler, répondit l’autre en lui tirant la langue
Ils se chamaillaient doucement, comme le font les enfants qui s’aiment bien mais se l’avouent rarement. Leurs cagoules, tirées jusqu’aux sourcils, les rendaient presque identiques : deux petits êtres informes, le nez rouge, les yeux luisants de froid. À chaque reniflement, un mince fil transparent menaçait de leur échapper, mais ils s’essuyaient du revers de la manche sans y penser, habitués à ces matins glacés.
La campagne autour d’eux semblait figée. Les champs disparaissaient dans un nuage de brume et les arbres, dénudés, ressemblaient à de grands squelettes immobiles. Le goudron luisait d’humidité ; des flaques s’y collaient comme des miroirs opaques où se reflétaient vaguement les phares des véhicules qui arrivaient au loin.
Car d’autres enfants passaient, bien au chaud, emportés par la voiture d’un parent encore ensommeillé. On devinait des silhouettes engoncées dans des manteaux trop grands, des mains gantées collées aux vitres embuées. Parfois, l’un d’eux faisait un signe de la main aux garçons du bord de la route, mais le geste était souvent timide, presque coupable.
Le plus petit suivait des yeux chaque voiture jusqu’à ce qu’elle disparaisse dans le virage.
- Ils ont trop de chance… murmura-t-il.
Le grand haussa les épaules, mais son regard se perdit à son tour vers la route. Au fond, lui aussi aurait aimé monter dans une voiture chaude, écouter la radio, sentir l’odeur du café sur le tableau de bord et arriver à l’école sans cette morsure dans les doigts.
Mais leur réalité, c’était ce bord de route, ce bus toujours un peu en retard, cette attente immobile dans le souffle glacé du matin.
- Tu crois qu’il va neiger, demanda le petit en levant la tête.
- Peut-être. Il fait assez froid, répondit le grand en soufflant dans ses mains.
Un bref silence retomba. Le vent se leva un instant, faisant danser quelques feuilles mortes oubliées. On entendait le craquement lointain de branches givrées. Puis, dans le calme presque religieux de ce matin d’hiver, un ronronnement sourd se fit entendre : celui du moteur du car scolaire qui approchait enfin.
Les deux garçons se redressèrent d’un coup. Le grand remit son sac sur son épaule. Le petit rangea soigneusement son papier dans sa poche.
Quand le bus s’arrêta devant eux dans un souffle de vapeur, les phares éclairèrent un court instant leurs visages rougis, leurs yeux brillants, leurs petites vies suspendues dans la froidure d’un matin de décembre.
Ils montèrent à bord, laissant derrière eux le muret, la brume, les silhouettes des voitures et ce froid qui les avait tant fait frissonner.
Un autre jour commençait. Un jour comme tant d’autres, mais qui, des années plus tard, se fixerait dans leurs souvenirs comme un éclat de givre : une petite scène banale, mais douce, d’une enfance qui glissait, discrète, entre deux halos de buée.

VUE D'UN CHIEN

Publié le 24/11/2025 à 14:35 par lepetitmondedeloris Tags : sur mer moi place fleur femme histoire heureux nuit
VUE D'UN CHIEN
La nuit vient de tomber. L’air est doux et chargé d’humidité. On y sent la promesse d’une pluie qui tarde, une vapeur légère qui s’accroche aux murs. J’avance tranquillement, le museau bas, les oreilles ouvertes à tout ce que la ville veut bien me confier.
Je renifle les trottoirs. Les parfums sont lourds mais agréables, adoucis par l’air humide. Je devine la trace d’un chat, l’odeur d’un repas abandonné, celle d’une femme passée quelques minutes avant moi. Chaque senteur est une petite histoire. Je les imagine toutes, avec la joie silencieuse de celui qui n’a rien de mieux à faire que d’être là.
Je m’arrête devant une vitrine. Le néon clignote doucement, comme un petit salut. Mon reflet apparaît puis disparaît dans la lumière tremblante. Je le regarde avec curiosité. Je me sens étrange, oui, comme à moitié ailleurs. Mais cela ne me pèse pas. Mon corps marche et parfois, mon esprit flâne derrière moi. Il rêve de choses simples.
Le vent se lève. Un souffle léger qui glisse sur mon dos et soulève les odeurs endormies. Il sent la mer, les feuilles, une fleur tombée d’un balcon. Je ferme les yeux un instant pour mieux le sentir. Ce vent-là me plaît. Il me parle sans mot et sans souci.
Je reprends mon chemin, calme et heureux d’être seul dans cette rue silencieuse. En passant devant une boulangerie (pourtant fermée à cette heure-ci), je remarque une minuscule ouverture au ras du sol laissant deviner une lumière jaune. Je m’approche. J’aperçois, en sous-sol, le boulanger qui enfourne un pain, posé au bout d’une longue pelle de bois. Le parfum chaud me caresse le museau.
Plus loin, je traverse une ruelle où une poubelle renversée laisse monter une odeur aigre. Je passe, sans m’arrêter, simplement parce qu’il y a de meilleures odeurs ailleurs.
Une première goutte tombe, douce, légère, presque timide. Elle roule sur ma truffe. J’en goûte le sel. D’autres suivent. Elles glissent sur ma fourrure, se mêlent à la chaleur de ma peau. La pluie n’est pas un fardeau. C’est une caresse qui tombe du ciel.
Je lève la tête pour la recevoir. La sensation me réveille, m’apaise, me fait frissonner de plaisir. Je marche dans cette pluie fine comme dans un souvenir heureux. Mes pas éclaboussent les flaques naissantes et ce petit bruit clair accompagne ma promenade.
Au détour d’une rue, je perçois l’odeur laissée par un chien, passé quelques minutes avant moi. Cela me donne envie d’accélérer un peu. Pas pour le rattraper, juste pour partager son élan.
Un peu plus loin, un restaurateur italien sort ses poubelles et me tend les restes d’une saucisse à peine consommée.
Je traverse une place déserte, la queue relevée, les oreilles trempées. La ville brille sous la pluie maintenant. Tout semble lavé, neuf, presque doux. Je me sens bien. Je longe un parc. La terre mouillée exhale son parfum profond, celui que je préfère ! Je m’enfonce un peu dans l’herbe humide. Cela me fait du bien. Je ferme les yeux, la pluie tombe doucement sur mes paupières. J’ai l’impression que la nuit me berce.
Je me remets en marche. Mon cœur est léger. Je n’attends rien. Je n’espère rien. Je profite simplement de tout ce que je croise. La pluie. Le vent. Les odeurs. Les lumières. Les gens, parfois.
Et dans cette marche tranquille, sans promesse ni destination, je me sens vivant… et presque heureux.

UNE VIE DE LARME

Publié le 20/11/2025 à 09:42 par lepetitmondedeloris Tags : sur vie moi monde
UNE VIE DE LARME

Je glisse.

Je viens de naître. À peine une vibration. Une brûlure douce dans ton œil. Je m’arrondis. Je deviens moi. Une larme. Ta larme.

Je me laisse tomber. Je n’ai pas le choix. Je suis le sel et l’eau. Je roule. Je caresse ta joue. Ta peau brille sous ma lumière. Je trace un sillon pâle, presque nacré. J’existe.

Je voudrais dire que je suis forte. Que je suis fière de naître de toi. Pourtant je ne suis qu’une goutte fragile. Je vis quelques secondes. Mais je les vis pour toi.

J’atteins ton cou. J’y meurs un peu. J’y perds ma forme. J’y prends ton parfum. Il se mêle à moi. Il me colore. Je deviens une nuance de toi. Une nuance tendre. Une nuance triste aussi.

Moi qui rêvais d’océan, de vents salés, d’algues longues et de grandes houles, me voilà coincée dans une minuscule prison, au creux de ton épaule. Une forteresse chaude, douce, immobile d’où je ne peux m’échapper.

Je me sens ridicule parfois. Petite perle liquide. Bleue. Blanche. Transparente. Je brille, mais pour qui ? Tu ne me vois pas vraiment. Tu ne penses pas à moi. Tu penses qu’à la douleur qui m’a fait naître.

Je t’écoute. Je te sens. Le monde tremble dans ta respiration. Tout va trop vite. Puis trop lentement. La vie pèse. C’est pour cela que je suis née. Je suis ton trop-plein. Je suis ta preuve.

Soudain, je frémis. Un souffle. Une ombre blanche se penche sur moi.

Le mouchoir arrive.

Je n’ai pas le temps de protester. Je n’ai pas le temps de prier. Le tissu m’absorbe. Je disparais. Je me fonds dans la soie claire. C’est fini pour moi.

Je n’existe plus.

Enfin… pas tout à fait. Car nous sommes nombreuses. Je le sais. Je les sens, derrière moi. Tous ces frissons d’eau qui attendent. Toutes ces sœurs qui se préparent dans l’ombre chaude de tes yeux.

Nous reviendrons.

Mais pas pour te briser. Pas pour t’engloutir. Juste pour t’alléger.

Un jour peut-être, nos sanglots réunis deviendront une vague immense. Une vague douce. Une vague humaine. Et elle emportera la peine.

Je ne verrai pas ce jour. Mais une autre larme le verra.

Et ce sera assez.

POUSSIERE ET PATCHOULI

Publié le 20/11/2025 à 08:37 par lepetitmondedeloris Tags : sur plat moi monde image fond musique nuit bleu
POUSSIERE ET PATCHOULI
 
 
La chaleur de l’aube glissait sur mes paupières lorsque j’ouvris les yeux. Une chaleur dense, moelleuse, presque palpable m’enveloppait. Un instant, je crus rêver. Puis la lumière, jaune et docile, révéla les murs. Les miens. Ou plutôt ceux de mon adolescence. J’étais revenu dans ma vieille chambre !
L’air sentait le patchouli et la poussière tiède. Le vieil édredon couvrait mes jambes avec la douceur d’un bras revenu d’un temps oublié. Je caressais le tissu. La douceur me serra le cœur. Tout semblait plus vif, plus net. Comme si la mémoire, soudain, se mettait à respirer.
Je bougeai. Pas de douleur. Pas de tensions. Un corps plus léger. Plus jeune. Je portais encore cet affreux pyjama bleu nuit, celui que je refusais de jeter. Un rire bref m’échappa, étouffé par l’émotion.
Sur le mur, devant moi, le poster de la Danse macabre déployait ses noirs, ses blancs et ses ombres tourmentées Je restai un moment à le regarder. Il me paraissait plus grand que dans mon souvenir. Plus expressif. Presque vivant.
Près de la porte, ma vieille besace dormait, posée exactement là où je la laissais chaque soir après le collège. Un sac américain râpé, couvert de badges et d’inscriptions au Marker noir. Je retrouvai Genesis, Led Zeppelin, Magma, Genius Cult, AC/DC. Je tendis la main, hésitai, puis abandonnai. La voir me suffisait. Je craignais qu’un simple toucher la ramène à la poussière du présent.
Le bureau… oh, le bureau. Il débordait de cahiers ouverts comme des bouches avides, de stylos sans capuchons et de feutres qui exhalaient encore leur parfum chimique. Et là, mon normographe vert avec ses lettres en pochoir. Je croyais avoir oublié son existence. Pourtant un parfum d’encre sèche et de plastique chaud monta à mes narines : du passé à l’état brut !
Je tournai la tête. L’armoire se dressait, fidèle gardienne de mes métamorphoses d’ado. Le grand miroir me renvoyait un visage jeune, glabre, presque candide. Une image me revint : celle d’un gamin de 15 ans en train de se trémousser devant la glace pour imiter les culturistes des magazines. D’autres soirs, avec une raquette de tennis, j’imitais Jeff Beck ou Angus Young en hurlant des paroles que je comprenais à peine.
Un placard entrouvert laissa glisser un pan de souvenirs : des Santiags ciselées de couleur « Sunburst » que mon père m’avait offertes, des Stan Smith usées aux chevilles, une boîte de foulards bariolés, des chemises blanches sans col, impeccablement pliées. Je les sentis presque sur ma peau, encore tièdes d’une époque où je pensais que le style suffisait à tout.
Sur la table de nuit, des tiges d’encens consumées faisaient de petites cendres grises. Une cassette audio traînait, ventre ouvert, son ruban déroulé en un serpent fragile sur le tapis. Je reconnus l’écriture au feutre rouge : « SANTANA - Marathon ». C’était Mon album préféré. Celui qui m’accompagnait partout. Celui qui pleurait dans mon walkman quand le monde devenait trop lourd.
La porte grinça. Une silhouette minuscule apparut. Mon frère. Il a quatre ans ! Ses yeux pétillaient d’une joie pure. « On fait la bagarre ? », dit-il en se jetant sur moi en riant. Son corps, pourtant léger, me coupa le souffle. Je sentis mes muscles réagir comme autrefois. Plus fermes. Plus souples. Mon ventre plat. Mon souffle vif.
La pluie tombait dehors, fine et constante, noyant le monde dans un murmure doux. Puis, ce fut le silence. Je restai allongé, immobile. J’écoutais. Je respirais. Je me remplissais de cette chambre, de cette époque, de cette existence que je pensais à jamais égarée dans les couloirs du temps. Et pourtant, tout était là. Présent. D’une réalité poignante.
Il y avait, au fond d’un tiroir de mon bureau, un vieux cahier orange Clairefontaine à la couverture fatiguée. C’était mon refuge, mon jardin secret. J’y jetais des mots et des dessins à la volée, j’y griffonnais des refrains bruts, simples ou maladroits : c’était là que j’écrivais les paroles de mon tout premier groupe de rock. Entre chaque page, je glissais les échos d’un passé rebelle, les souvenirs de nos nuits à réinventer le monde depuis la cave d’un ami ou le grenier d’un parent. Ce carnet renfermait mes rêves d’enfant épris de musique et d’absolu, bien à l’abri de la lumière du jour.
Je me levai et tirai le rideau. Le jardin s’étendait devant moi, neuf, éclatant, purifié par l’averse. Chaque feuille étincelait, les pierres semblaient respirer, la terre exhalait une brume tiède. Alors je compris : ce n’était pas seulement l’enfance que je retrouvais, mais sa présence vivante. Et ce qui s’ouvrait devant moi n’avait rien d’un retour… c’était un début.

LE TAROLOGUE AMOUREUX

Publié le 17/11/2025 à 16:23 par lepetitmondedeloris Tags : sur merci amour soi enfants centre sourire carte
LE TAROLOGUE AMOUREUX
 
La pluie tombait doucement depuis l’aube, traçant sur les vitres des lignes brillantes et instables. Luc alluma la lampe au-dessus de la table : un halo chaud enveloppa le tarot étalé devant lui. Chaque carte semblait presque vivante.
Anna entra. L’univers parut soudain se resserrer autour du petit salon. Elle s’assit, les mains jointes comme pour retenir son calme, le visage empreint d’une douceur grave. Luc reprit le jeu entre ses doigts. Il savait. Elle en aimait un autre.
- Coupez le jeu, dit-il doucement.
La première lame qu’elle retourna fut le Soleil. Sous l’éclat doré de l’astre, deux enfants s’ébattaient, insouciants, baignés d’une lumière radieuse.
- Voilà un bon présage, observa Luc. La clarté qui se lève, la lumière qui se fraie un chemin. Il y a, semble-t-il, un rayonnement qui vous accompagne.
Anna esquissa un sourire léger, retenu par l’espoir que promettait cette première carte. Puis elle en tira une seconde. Un instant, elle hésita, comme si elle pressentait le poids de ce qui allait surgir. Elle la retourna d’un geste prudent : le Diable apparut.
Elle demeura figée. Des flammes montaient en spirales serrées, léchant de lourdes chaînes qui retenaient deux silhouettes. Au centre, une créature au rictus implacable semblait la dévisager, surgissant presque de la carte. Anna se pencha malgré elle, happée par cette figure sombre et sa présence obsédante.
Luc sentit une brûlure brève lui traverser la poitrine, mais sa voix resta posée.
- Cette lame parle d’un désir envoûtant, murmura-t-il. Quelqu’un vous captive… et vous le captivez.
Anna baissa les yeux.
La troisième carte se révéla : l’Amoureux. On y distinguait trois silhouettes, rapprochées dans une indécision muette, tandis qu’un ange planait au-dessus d’elles, les bras ouverts, incertain entre la bénédiction et le verdict. Luc effleura l’arcane du bout des doigts.
- Voici le carrefour des sentiments, dit-il à mi-voix. Cette lame ne ment jamais : elle parle d’un choix, d’une loyauté mise à l’épreuve.
Le silence se posa, fragile comme un voile tendu entre eux. Sans attendre, Anna retourna la carte suivante. La Lune apparut, baignant la table d’une lueur trouble. Elle demeura immobile, comme si l’image exigeait d’être apprivoisée. Sur la carte, un chemin serpentait entre deux tours et des ombres indécises semblaient vibrer dans le clair-obscur.
Luc comprit aussitôt que cette lame touchait un point sensible. La Lune n’était jamais anodine : elle révélait les peurs, les doutes, les illusions qui habitent les profondeurs du cœur. Il leva les yeux vers Anna, s’assurant qu’elle pouvait entendre la vérité.
- La Lune ne parle pas de tromperie, expliqua-t-il doucement. Elle dévoile ce qui est déjà clair pour vous. Vos émotions véritables… celles que vous connaissez, même si vous n’osez pas encore les affronter.
Puis elle tira la dernière carte : le Pape. La figure solennelle apparut entre deux colonnes, la main levée comme pour bénir ou juger. Une sérénité grave émanait de l’arcane, évoquant à la fois la sagesse et le devoir.
- Et cette carte…, reprit Luc après un long silence, c’est le conseil.
Il contempla le Pape comme s’il y cherchait une réponse qu’il craignait de reconnaître.
- Le Pape dit de suivre la vérité de votre cœur, poursuivit-il d’une voix plus basse. Même si cette vérité défait ce que vous aviez imaginé. Même si elle fait mal. Son enseignement, c’est d’être fidèle à ce que vous sentez.
Puis, il se tut. Ses doigts restèrent posés sur la carte, comme s’il y trouvait un appui fragile. Le Pape semblait sceller quelque chose d’inévitable : une invitation à l’honnêteté, à la loyauté envers soi-même, quelle qu’en soit l’issue. Anna le regarda longuement. Un silence doux les enveloppa. Puis, lentement, elle sourit.
- Merci, Luc… merci pour votre honnêteté. Elle savait …
Elle se leva, remit son manteau et avant de partir, posa sa main sur la sienne.
- Vous m’avez aidée à voir clair. Vraiment clair.
La pluie avait cessé, laissant sur les vitres des traînées d’argent capturant la lumière des lampadaires. Luc resta assis, immobile, le regard perdu sur la table où flottaient encore l’odeur de l’encens et du thé noir. Le salon, désormais vaste et silencieux, semblait absorber son souffle. Anna était partie. Elle avait souri, légère, confiante, mais avec dans les yeux une clarté un peu triste. Luc se leva lentement. Chaque pas résonnait dans la pièce vide. Chaque son, même infime, devenait le rappel cruel de sa solitude. Il revint vers la table. Les cartes étaient là, étalées, immobiles tel un petit théâtre figé.
Le Soleil brillait, pur et joyeux.
Le Diable ricanait dans son coin.
L’Amoureux se détournait.
La Lune luisait doucement.
Le Pape veillait, immobile, imperturbable.
Luc posa la tête sur ses bras. Il avait dit la vérité. Il n’avait pas tenté de retenir Anna. Mais cette honnêteté, pourtant juste, l’avait laissé face à un vide immense.
Chaque détail du salon lui rappelait ce qu’il venait de perdre : le reflet d’Anna dans la vitre humide, l’ombre de ses mains, le froissement léger de son manteau sur la chaise.
Il revit les cartes : Le Soleil, le Diable, l’Amoureux, la Lune, le Pape. Chacune avait été un miroir : l’amour peut être pur, libre… et vous laisser pourtant plus seul que jamais.
Il se leva, alla vers la fenêtre, contempla la rue détrempée. Tout semblait calme, mais en lui, la tempête faisait rage. Il avait choisi la droiture plutôt que l’égoïsme. Il avait laissé partir celle qu’il aimait. Et la savoir heureuse rendait sa solitude encore plus lourde.
De retour à la table, il contempla les cartes. Elles semblaient respirer encore, témoins muets de sa douleur. Il comprit qu’il ne devait pas utiliser son don pour garder les êtres auprès de lui, mais pour leur montrer la lumière. Même si cette lumière lui brûlait le cœur.
Il resta là longtemps, immobile, dans le halo de la lampe, bercé par le clapotis de la pluie, le parfum du bois ciré et la trace chaude de la main d’Anna. Il survivrait à cette tristesse, il le savait. Mais la mémoire de cet amour pur, honnête, impossible, resterait en lui comme le Soleil sur les cartes : lumineuse, inaccessible et brûlante à jamais. Car l’amour véritable est celui qu’on ne retient pas, même lorsque son envol nous déchire.

LE SILENCE DES PIERRES

Publié le 04/10/2025 à 20:26 par lepetitmondedeloris Tags : vie homme
LE SILENCE DES PIERRES

Devant l’ombre d’un mur que le temps veut briser,
Il reste là debout, perdu dans le silence,
Regardant, le cœur lourd, ce bloc sans espérance
Où les terrasses vides seront bientôt visées.

 

Les fenêtres ouvertes respirent le passé,
Et dans l’air flotte encore, l’écho d’une existence ;
Il songe aux rires doux, à la chaleur intense
De tous ceux qui vivaient en ce lieu dépassé.

 

Les pierres pleurent encore leur gloire évanouie,
Et l’âme du jardin soupire en silence ;
Ainsi, dans cet endroit où s’efface la vie,

 

Cet homme à l’affût cherche la moindre survivance,

Il marche lentement pour la dernière fois

Et pleure son enfance et ses joies d'autrefois

 

le 04/10/2025 à 20h26-

LE TEMPS QUI COURT

Publié le 06/06/2024 à 13:14 par lepetitmondedeloris Tags : sur musique photos livre

 

En ce morne matin, il feuilletait un livre

Un album de photos, témoin intransigeant

Cruel et péremptoire comme une guitare ivre

Qui viendrait rappeler les sons d’un autre temps

 

Son regard s’arrêta sur un cliché jauni

Où l’on voyait encore, des mômes emplis d’espoir

Jouant une musique aux étranges harmonies

Mais persuadés qu’un jour, ils deviendraient des stars

 

Puis il se demanda qui étaient tous ces gens

Existaient-ils toujours ? Etaient-ils donc vivants ?

Que sont donc devenus, ces visages insouciants ?

 

Puisse le temps qui passe les avoirs préservés,

De l’oubli d’une époque où ils avaient 16 ans

Puissent ils, comme avant, continuer à rêver.

 

Le 06/06/2024 à 9h30 -

CHEZ YVETTE

Publié le 10/08/2021 à 19:16 par lepetitmondedeloris Tags : restaurant aquarelle toulon dessin nostalgie
CHEZ YVETTE

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