Profitant du confinement pour ranger mes armoires, je suis tombé sur les cours de droit pénal que dispensaient l’illustre Jean-Pierre Servel lorsque j’étais étudiant. Je feuilletai alors mon grand cahier bleu et tombai sur un chapitre consacré aux procès intentés aux animaux. Voici ce que je pus y lire : « De tout temps, les animaux ont été considérés dignes d’être jugés par la justice des hommes. En France, dès le Xe siècle, on torture, pend et excommunie sous divers prétextes des chats, des ânes, des chevaux ou des cochons. En 1120, pour les punir des dégâts qu’ils causaient dans les champs, l’évêque de Laon et le grand vicaire de Valence excommunièrent des chenilles et des mulots. Les archives de la justice de Savigny contiennent les minutes du procès d’une truie, responsable de la mort d’un enfant de cinq ans. La truie avait été retrouvée sur les lieux du crime en compagnie de six porcelets aux groins encore couverts de sang. Étaient-ils complices? La truie fut pendue par les pattes arrière en place publique jusqu’à ce que mort s’ensuive. Quant à ses petits, ils furent placés en garde surveillée chez un paysan. Comme ils ne présentaient pas de comportements agressifs, on les laissa grandir pour les manger « normalement » à l’âge adulte. En 1474, à Bâle, en Suisse, on assista au procès d’une poule accusée de sorcellerie pour avoir pondu un œuf ne contenant pas de jaune. La poule eut droit à un avocat qui plaida l’acte involontaire. En vain. La poule fut condamnée à être brûlée vive sur un bûcher. Ce ne fut qu’en 1710 qu’un chercheur découvrit que la ponte d’œufs sans jaune était la conséquence d’une maladie. Le procès ne fut pas révisé pour autant. En Italie, en 1519, un paysan entama un procès contre une bande de taupes ravageuses. Leur avocat, particulièrement éloquent, parvint à démontrer que ces taupes étaient très jeunes, donc irresponsables et que, de surcroît, elles étaient utiles aux paysans puisqu’elles se nourrissaient des insectes qui détruisaient leurs récoltes. La sentence de mort fut donc commuée en bannissement à vie du champ du plaideur.
En Angleterre, en 1622, James Porter, accusé d’actes fréquents de sodomie sur ses animaux familiers, fut condamné à la décapitation mais ses juges, considérant ses bêtes comme autant de complices, infligèrent la même peine à une vache, deux truies, deux génisses et trois brebis.
En 1924 enfin, en Pennsylvanie, un labrador mâle du nom de Pep fut condamné à la prison à vie pour avoir tué le chat du gouverneur. Il fut écroué sous matricule dans un pénitencier où il mourut de vieillesse six ans plus tard ».
Alors, regarderez-vous toujours votre chien de la même manière ?
14/12/2020